jeudi 12 mai 2016

A quoi sert le Saint Esprit ?

Le P. Sylvain Gasser, assomptionniste, répond aux questions de Sophie de Villeneuve. Publié le 2 mai 2016 sur le site croire.com 

L'Esprit saint représenté par une colombe. Vitrail de l'abside de la basilique Saint-Pierre, à Rome © D. R.
Les évangiles nous disent qu'à la Pentecôte, les apôtres ont reçu l'Esprit saint, et que nous le recevons nous aussi le jour de notre baptême. A quoi sert-il ? Qu'est-ce que cet Esprit saint qui se matérialise par des langues de feu ?
S. G. : Dans votre question, vous parlez de choses bien mystérieuses ! D'abord, l'Esprit. J'ai beaucoup de mal à l'imaginer, c'est quelque chose d'immatériel...

Il y a quand même les langues de feu !
S. G. : Vous trouvez que c'est simple à comprendre ? Si j'essaie de le visualiser, je vois les icônes, avec ces flammes au-dessus de la tête des apôtres, je trouve cela effrayant, je ne comprends pas. Si je reprends un peu le parcours biblique, on voit d'abord que l'Esprit fait parler. A la pentecôte, toutes les langues se rencontrent, et très curieusement, quand les apôtres se mettent à parler, tout le monde les comprend. Tous les étrangers qui sont présents comprennent leur langue. Or il y avait, dit le récit, une foule de personnes venant de tous les pays environnants.

Cela veut dire que l'Esprit rend bavard ?
S. G. : Oui, l'Esprit parle et fait parler. C'est ce qui nous permet de comprendre ce qu'est l'œuvre de l'Esprit. Il ne nous fait pas parler n'importe comment. Il ne nous fait pas parler des brèves de comptoir. Il nous fait parler au nom de Jésus-Christ et il nous fait comprendre ce que Jésus-Christ est venu nous dire quand il est venu parmi nous. Parce que les paroles de Jésus sont très belles, mais les comprenons-nous de l'intérieur. Quand je lis les évangiles avec des amis chrétiens ou avec des non-croyants qui se disent qu'il y a peut-être quelque chose à y prendre, je me rends compte que ces paroles ont besoin de temps pour s'enraciner en nous et pousser, comme une graine qu'on met en terre. Quel est le principe, la force, qui fait comprendre la Parole ? C'est l'œuvre de l'Esprit.

Vous dites que l'Esprit, c'est une force qui nous anime ?
S. G. : L'Esprit, on le voit dans l'Ancien Testament, c'est le souffle, l'énergie, la vie, la vitalité, le dynamisme, la puissance. C'est ce qui rend fort. Mais ce n'est pas un principe actif, pour nous catholiques, c'est une personne de la Trinité. Certains disent que c'est « l'inconnu de la Trinité », c'est ce qui permet de rendre compte de l'œuvre de Dieu dans l'humanité, de comprendre ce qui se passe entre Dieu et Jésus-Christ. Le P. Bruno Chenu disait que c'est un « entre-Dieu ».

Mais pourquoi dire que c'est une « personne » ? Jésus s'est incarné, le Père, on voit bien aussi, mais souffle, comment l'incarner dans une personne ?
S. G. : On veut toujours se représenter une personne physiquement. Mais quand vous représentez Dieu comme un vieux barbu dans ses nuages, vous croyez vraiment que c'est le Dieu biblique ? Effectivement, Jésus, comme dit saint Jean, nous l'avons vu, nous l'avons touché, nous avons vécu avec lui. Mais Jésus-Christ nous rend un Père, nous donne une relation, et dans cette relation il y a aussi cette vie qui nous est donnée. La question de la Trinité est très compliquée, et nous pouvons la voir comme une sorte de grand spectacle qui me laisse à distance, ou la voir comme une unité qui me concerne dans ma vie. Comment est-ce que je la rends vivante ?

Est-ce qu'on peut avoir avec l'Esprit une relation semblable à celle qu'on a avec Jésus ?
S. G. : C'est toujours avec les trois ensemble, justement, qu'on a une relation ! On n'en prend pas un indépendamment des autres. Dans la Trinité, ce qui rend possible la relation, c'est l'amour qui unit. Cette relation qui unit est offerte à chacun de nous. C'est le mystère de la foi, qui nous est offert au cœur de notre vie. Nous qui cherchons à vivre des relations d'amour avec un père, avec des frères, quel est le ferment qui rend cela possible ? C'est l'amour, c'est le souffle de vie.

C'est l'Esprit ?
S. G. : C'est l'œuvre de l'Esprit.

Je reviens à ma question : peut-on avoir des relations particulières avec l'Esprit saint ? Je pense à Elisabeth de la Trinité, cette petite carmélite qui avait une dévotion très spéciale pour l'Esprit.
S. G. : Je pense que cela lui est propre, et qu'elle a eu certainement la grâce très particulière de comprendre de l'intérieur ce qu'était l'œuvre de l'Esprit en elle, et nous pouvons nous aussi reconnaître dans notre vie et dans la vie de ceux que nous côtoyons l'œuvre de l'Esprit. L'œuvre de l'Esprit, c'est ce qui rend possible toutes choses, ce qui les rend réalisables. Dans l'Ancien Testament, l'Esprit, c'est le chaos qui devient monde, c'est la vierge qui devient mère. Ce principe de vie, nous pouvons le voir à l'œuvre, nous pouvons aussi en être les artisans. Quelqu'un qui est atteint d'un cancer et que j'accompagne, je ne vais pas lui rendre la vie, mais je vais être auprès de lui et lui rendre confiance. C'est l'œuvre de l'Esprit. Il rend possible l'impossible.

Nous sommes les intermédiaires de l'Esprit ?
S. G. : Nous vivons sous l'action de l'Esprit, nous vivons sous sa force. Nous le recevons au jour du baptême, cela nous est confirmé le jour de notre confirmation, et une fois que l'Esprit est donné, plus rien ne peut l'arrêter. Quand je baptise des enfants, au moment de l'onction, j'explique que si on met de l'huile sur un buvard, elle se répand et rien ne peut la retenir. Quand l'Esprit se met à souffler, il ouvre toutes les portes, il rend toutes choses possibles.

Est-ce que certaines personnes font sentir plus que d'autres la force de l'Esprit ?
S. G. : Ceux qui par leur paroles ou leur silence, mais surtout par leur manière de vivre, rendent l'espérance autour d'eux, rendent une vie nouvelle possible, sont des personnes qui vivent sous l'action de l'Esprit. Et cette vie dans l'Esprit n'est pas de tout repos !

C'est fatigant ?
S. G. : Elle nous demande d'être toujours sur le qui-vive, sensibles à ceux qui sont autour de nous. Est-ce que je suis sensible à mes proches, est-ce que je me fais le prochain de tous ceux m'entourent. En venant aujourd'hui, j'ai dû marcher à côté d'une personnes assise par terre à mendier. Qu'est-ce que je fais de cela ? L'Esprit me pousse à aller dans une autre réalité.

Pour vivre sous la mouvance de l'Esprit, est-ce qu'il faut le prier ?
S. G. : Oui. J'ai rencontré un jour un étudiant qui m'a dit ne pas savoir comment prier l'Esprit. Nous avons beaucoup discuté, essayé de comprendre ce qu'il représente pour nous... Pour finir, l'étudiant me dit : Finalement, je me rends compte que je ne sais pas prier. Il avait évacué la question de l'Esprit saint. Et en fait, la prière à l'Esprit tient en un unique mot, un appel : « Viens », Maranatha. Il n'y a pas d'autre manière que de se tenir face à l'Esprit saint en disant « Viens » . Viens, va, deviens, c'est la vie. Quand j'ouvre mon cœur, j'ouvre les portes, et tout est possible. C'est ce qui se passe le jour de la Pentecôte, quand le vent souffle dans le Cénacle et que toutes les portes sont fracassées : la vie devient possible.

Nous n'avons pas besoin des langues de feu comme les apôtres pour connaître l'Esprit ?
S. G. : Je pense que quand on dit « Viens », la langue de feu brûle déjà notre cœur.

Que diriez-vous à ceux qui avouent ne pas savoir qui est l'Esprit et comment le prier et vivre de cette dynamique ?
S. G. : L'Esprit nous oblige à laisser de côté tout ce qui encombre notre propre esprit. Avant de parler de l'Esprit, laissons notre cœur s'ouvrir. L'important c'est de s'ouvrir pour laisser toute choses possible. Si nous ouvrons les portes, l'Esprit pourra s'y ruer, je l'espère vraiment.